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Le bio c’est tabou, les médias en viendront tous à bout !

Ce matin à la lecture de cette tribune du rédacteur en chef des échos, David Barroux qui évoque dans une tribune le « mythe bio« , vous comprendrez que je suis un peu devenu vert à lire tant de lieux communs dans un article d’un journaliste d’un journal si respecté…

Prenons-les un par un :

« Dans les tests à l’aveugle, les consommateurs sont loin de préférer le bio au non-bio » Oui oui, il n’y a pas de releveur de goût, d’arômes chimiques ajoutés et tant d’autres choses ajoutés dans l’agroalimentaire. Mais manger bio c’est aussi réadapter son palais à des choses dont on avait perdu le goût.

« En termes de santé, l’exemple allemand vient malheureusement de prouver la dangerosité potentielle des élevages ou cultures biologiques » Alors c’est carrément de la foutaise, rien ne prouve que c’est dans l’exploitation que la contamination s’est produite et donc le mode de production biologique qui soit en cause. La ferme ayant même été disculpée

« le bilan écologique n’est guère plus séduisant : pour produire autant quand les rendements sont faibles, il faut souvent utiliser bien des heures de tracteurs »C’est à dire de quoi part-il pour arriver à une telle conclusion ? Les fermiers biologiques vivent aussi avec leur temps et utilisent des outils modernes pour cultiver comme les tracteurs, certes mais ils vont quand même pas y aller avec leur bite et leur couteau, non ?

Je ne sais pas si des bilans carbone ont été faits sur les fermes bio mais ce n’est pas l’usage d’un tracteur (si celui-ci est adapté à la taille de l’exploitation) qui fera perdre tous les bienfaits pour l’homme et la nature d’une exploitation bio comme la préservation de la biodiversité avec l’aménagement de haies pour que différents acteurs de la nature (rongeurs, insectes, végétaux) puissent aider l’agriculteur dans ses cultures par exemple.

Prenons des exemples dans certaines vignes bio où le désherbage est fait de manière naturelle avec des troupeaux qui viennent manger l’herbe.

« Ou il faut importer de loin » Oui, il faut importer mais la faute à qui. La surface agricole utile est d’à peine 3% en bio en France, 11% en autriche et quelques dizaines dans des pays comme l’Allemagne, l’Italie ou l’Espagne. Le grenelle de l’environnement avait fait mille promesses non tenues. La politique agricole commune ne verse des subventions qu’aux grosses exploitations notamment céréalières en ne tenant compte que de la surface cultivée en ha. Les exploitations bio sont souvent de petites tailles et cela n’incite donc guère les agriculteurs à se convertir en bio, vu qu’ils n’ont quasiment pas d’aide et que la conversion dure 3 ans et qu’il faut avoir les reins solides… De plus concernant l’importation, tout dépend ce qu’on appelle importation si c’est pour des pommes bio venant du chili, tout ce que l’on peut produire dans notre pays ne devrait pas être vendu mais le commerce est libre et les supermarchés ne jouent pas le jeu.
Par contre s’il s’agit de fruits et légumes cultivées en bio qui n’existent pas dans nos contrées, les importer en privilégiant un affrètement par bateau est aussi un acte militant de commerce équitable pour soutenir des agriculteurs (et la communauté qui les entoure) souvent dans l’hémisphère Sud qui ont choisi la bonne voie et qui ne sont pas mains et poings liés avec l’industrie agro-chimique.

« Surtout, le bio, quoi qu’on en dise, n’a pas réussi à se couper totalement de l’usage des pesticides. Et pour remplacer certains produits de synthèse, il a massivement recours au soufre et au cuivre, dont l’utilisation comme fongicide n’est pas inoffensif pour les terres. » D’une part le soufre et le cuivre font partie d’une liste positive du cahier des charges de l’agriculture biologique européen et d’autre part si on prend le cas du cuivre qu’on utilise dans une préparation appelée Bouillie Bordelaise, les usages sont réglementes, il ne faut par exemple pas dépasser l’utilisation de 6 kg/ha/an toujours selon ce cahier des charges. Le massivement dans le texte de M. Barroux est tout simplement calomniant…

« Economiquement, l’agriculture bio, très intensive en main-d’oeuvre, favorise enfin les exploitants basés hors de nos frontières. » Oui et alors, si le nombre de fermes bio se multipliait dans nos pays européens, cela créerait justement un marché bio du travail. Ne pas faire le raccourci et l’opposition entre différents pays, ce n’est pas très libéral de la part d’un journaliste travaillant dans un journal aux tendances plutôt néo-droitières.

« Plus coûteux enfin, ses produits restent réservés à une clientèle qui a un certain pouvoir d’achat. » On revient toujours au même problème que cité auparavant, si on veut consommer bio des produits que l’on achetait dans les supermarchés, cela restera toujours plus cher. Cependant en rédapatant ses rations alimentaires, on peut consommer bio sans se ruiner (cf. ce billet). Le mode production bio et tout ce qui a été cité ci-dessus explique de fait le coût du bio : pas assez de production, importations, main d’oeuvre, culture plus fragiles (pas d’usages de pesticides), payer le prix vrai.

M. Barroux dit en conclusion de son article (billet, tribune ce que vous voulez) qu’il faut pas opposer bio/agrochimistes. Cependant avec un tel pamphlet contre l’agriculture bio, je trouve que son travail journalistique n’a pas été fait avec recul et parcimonie en ne prenant que le bio en gros c’est dangereux, juste avec ces histoires de graines germées bio. Vous ne pensez pas ?

Au passage, je ne suis pas journaliste, je suis blogueur et ce billet est comme il est indiqué d’humeur, je m’exprime comme citoyen à la lecture d’un truc qui me déplait. Donc pour le recul, on repassera 😉

Published inGreenHumeur

5 Comments

  1. Marion Marion

    Le bio c’est tabou? Je ne sais pas si on a la même définition des tabous..Le pb du bio sont ces défenseurs, qui s’opposent à toutes autres cultures de façon bcp trop manichéenne pour être pertinente.

  2. Salut Marion, j’espère que tu ne t’es pas arrêté juste à la lecture du titre du billet (jeu de mot pour faire sonner) 😉

    Moi je parle en défenseur quand on attaque de manière trop manichéenne justement. Je t’invite à lire l’article que j’incrimine et qui incrimine la bio de tous les maux et de lire mon billet par la suite. De plus, l’extrémisme n’est pas bon de tous les côtés, je te l’accorde ! Pragmatisme Powa ! 😀

  3. Marion Marion

    L’article de Barroux n’est certes pas très bien argumenté et relate bcp d’à peu près. En revanche, je suis d’accord sur le fait qu’il ne faut pas opposer les cultures, je suis tout autant favorable au bio,à ses exigences de gout, de terroir qu’aux cultures biotechn qui tentent de relever les défis alimentaire futurs.

  4. Très bon article.
    Moi j’en ai marre de cette élite condescendante qui ne cesse de dénigrer le Bio et les aspirations écolos de la société en usant de l’estampille : Bobo-gaucho-babos. Est-ce qu’on mesure seulement les dégâts que l’agriculture intensive a provoqué, sur l’environnement et la santé des consommateurs. Sans parler des conditions de vie déplorables des poulets, cochons et vaches à abattoirs. 3% d’agriculture Bio, c’est un poil pas assez je trouve.

  5. Ce qui est terrible c’est que même s’il y a eu « disculpation » de la ferme bio, le mal est fait, les germes de suspicion sont plantés, sur des terrains qui parfois sont dubitatifs. ça touche bien sûr le producteur mais ça s’étend aussi au bio en général, qui pour moi déjà n’a rien à faire dans les magasins discount, mais c’est un vaste sujet…

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