La bio-dynamie

Vous avez sans doute remarqué la présence du logo Demeter sur certains produits que distribuent en les magasins bio. Cette marque garantit que le produit en question est issu de l’agriculture bio-dynamique. Afin de mieux comprendre ce qu’est l’agriculture bio-dynamique et ce que garantit la marque Demeter, nous sommes (enfin pas moi le rédacteur du Sat’info, Jacques Minelli) allés à Colmar au siège de Demeter France rencontrer le permanent de l’association, Jean-Marie Defrance. Pour vous inciter à lire les quelques pages qui suivent, sachez que le mouvement bio-dynamiste existe depuis bientôt quatre-vingts ans. Il est donc en partie à l’origine de nombreux courants de l’agriculture biologique qui émergent depuis quelques décennies. Visionnaire, la bio-dynamie ? À coup sûr.

Sat’Info : On n’échappera pas à un petit historique…

 

Jean-Marie Defrance : Nous sommes à Koberwitz (Silésie, en Pologne actuelle), en 1924. Un petit groupe d’agriculteurs et d’agronomes est inquiet de la conséquence néfaste de la fertilisation chimique, de l’avenir de la terre, de la qualité des aliments… Que peut-on faire ? Ils demandent à Rudolf Steiner, un scientifique et penseur autrichien de formaliser son expérience et sa pensée dans le domaine de l’agriculture. Celui-ci fera donc le “cours aux agriculteurs “qui est un cycle de 8 conférences. Les fondements de l’agriculture bio-dynamiques sont posés.

 

Qu’est-ce que des “non-agriculteurs“ comme nous peuvent retenir de ces conférences ?

 

Chacune des conférences déroule un fil en fonction d’un thème : le sol, la fumure, l’organisme agricole… Steiner a voulu faire un pont entre l’idée et la pratique en partant du principe qu’il n’y a pas d’esprit sans la matière, ni de matière sans esprit. Il avait testé ce qu’il préconisait, et ça marche !

 

Les agriculteurs ont-ils tout de suite appliqué ces méthodes ?

 

Oui, et ils ont continué le travail de Steiner, celui-ci étant mort un an plus tard. Une coopérative a vu le jour en 1927, pour permettre au particulier de trouver des produits bio-dynamiques. Cette coopérative s’appelait Demeter, du nom de la déesse grecque de la fertilité et de la terre. Demeter est devenu la marque internationale et collective de la bio-dynamie quelques années plus tard.

 

Venons au vif du sujet : pratiquement, comment procède-t-on en agriculture bio dynamique ?

 

Le premier aspect de la pratique est lié à l’utilisation de ce que nous appelons des “préparations bio-dynamiques“. Il en existe deux types : un pour le compost, un pour le sol et les plantes. Ces préparations sont très spécifiques : ainsi la préparation 500 est élaborée à partir de bouse de vache : elle stimule la vie du sol, la vie microbienne, l’enracinement… ce qui est en dessous. La 501 est à base de silice, elle participe à la vie aérienne de la plante, à l’assimilation chlorophyllienne, elle renforce sa santé ; en conséquence, elle agit sur la qualité, l’arôme et la conservation de l’aliment.

 

Comment les applique-t-on ?

 

On les intègre en très petite quantité à de l’eau, dans de grands tonneaux, et on brasse manuellement ou mécaniquement pendant une heure, alternativement dans un sens puis dans l’autre. C’est ce qu’on appelle la dynamisation. Puis on pulvérise cela sur le sol ou les plantes, en petites gouttes, en grosses gouttes, selon les cas… Il existe d’autres types de préparations, pour le compost notamment.

 

Le compost, en deux mots…

 

C’est une fumure constituée de déchets organiques végétaux et animaux. En bio-dynamie, on ne fait pas qu’attendre la transformation du fumier en compost, on agit pour obtenir un compost qui a évolué de manière plus équilibrée. Il existe des préparations spéciales, qui agissent sur lui comme un levain pour aider dans les différentes étapes de la fermentation. Ces préparations sont à base végétale : camomille, achillée, ortie, pissenlit, valériane, écorce de chêne. Le compost, une fois mûr, est épandu.

 

La bio-dynamie se résume-t-elle à l’application de ce type de “recettes“ ?

 

Loin de là. Il y a de nombreuses notions complémentaires, dont celle “d’organisme agricole“. Il s’agit de sentir la globalité de la ferme et de ses interactions : on utilise le fumier des étables, qui se retrouve sur le pré qui servira au fourrage ou sur le champ sur lequel poussent les céréales, qui nourriront les hommes et les bêtes, dont le fumier servira de nouveau etc… Mais aujourd’hui, il est de plus en plus difficile, du fait de l’évolution agricole moderne de se trouver dans cette situation. Les exploitations agricoles sont de plus en plus spécialisées et nous devons plutôt aller vers la notion “d’organisme agricole élargi”, pour pouvoir fédérer tous les producteurs.

 

Y a-t-il une notion d’autarcie dans l’organisation d’une ferme bio-dynamique ?

 

L’autarcie signifie un renfermement sur soi, ce n’est pas le cas de la bio-dynamie qui se veut ouverte sur le monde pour permettre les échanges entre producteurs, consommateurs…

 

La notion de la ferme comme organisme agricole implique une autre vision de la terre…

 

Nous considérons que la terre est un être vivant, même si cette notion n’est pas facile à comprendre. C’est pour cela qu’en bio-dynamie nous estimons qu’il faut soigner la terre. Il se trouve qu’elle est malade, on doit l’aider. Beaucoup de facteurs actuels confortent cette idée : pollution, réchauffement climatique etc…

 

Qu’en est-il de l’influence des astres ?

 

Il y a des influences des rythmes cosmiques sur les cultures, les préparations évoquées tout à l’heure sont en partie faites pour les mobiliser. Mais ce qui est aussi préconisé pour en tirer le meilleur parti, c’est d’observer. C’est par l’observation qu’on se rend sensible au monde et que le savoir revient à la conscience. Maria Thun, une scientifique allemande riche de plus de 40 ans d’expérience a beaucoup observé, notamment l’influence de la position de la lune devant les constellations sur la culture des radis, et elle en a tiré des règles précises, qui ne sont donc pas théoriques mais bien réelles. C’est elle qui a mis au point le fameux calendrier des semis.

 

Comment un cultivateur apprend-il les bases de l’agriculture bio-dynamique ?

 

Les paysans ont des liens entre eux, ils échangent pour progresser, tout comme ils échangent avec les consommateurs. Il existe également des organismes privés qui donnent des conseils, ou une formation sur deux ans en Alsace, le B.P.A. Mais nous allons plus loin, puisque pour obtenir le label Demeter nous demandons aux paysans de se lier avec une autre organisation, comme le “Syndicat d’agriculture bio-dynamique“, “l’association soin de la terre“, ou de se lier avec les activités bio-dynamiques de la région.

 

Comment se passe la reconversion pour un agriculteur qui travaille en conventionnel ?

 

Il lui faut 2 ans de pratique intégrale de la bio-dynamie sur tout le domaine et dans le respect du cahier des charges pour obtenir la marque Demeter, ou attendre la quatrième récolte pour les cultures pérennes…

 

Et si ce paysan travaillait déjà en bio ?

 

C’est dur… mais sérieux ! Existe-t-il une tentation chez les agriculteurs de n’employer que les “recettes“ de la bio-dynamie qui ont fait leurs preuves, comme les fameuses préparations, et de ne pas cautionner tout ce que peut représenter la bio-dynamie ?

 

L’engagement dans la bio-dynamie ou dans Demeter étant un acte libre, il est impossible d’avoir des exigences envers le producteur qui entravent la liberté de penser de chacun.
Nous avons des règles concernant l’utilisation des préparations bio-dynamiques. Pour le reste, comment (de quel droit) rejeter ceux qui ne veulent pas tout prendre ? Nous avons le devoir d’accueillir les gens là où ils sont, en essayant de les amener un peu plus loin par la suite.
L’important n’est pas forcément quel chemin chacun a déjà parcouru, mais que l’on soit déjà en route.

Pratiquer ce type d’agriculture est très exigeant. Du strict point de vue du produit, les résultats sont-ils meilleurs qu’en bio “classique“ ?

 

Je réponds oui, mais ce n’est pas objectif de ma part. Ce qui est sûr, c’est qu’un produit bio-dynamique Demeter est forcément bio et garanti AB, il est donc au moins aussi bon. À titre personnel, je dirai que l’on retrouve la différence sur des éléments comme la conservation, le goût, et ce grâce à l’action des préparations bio-dynamiques. On le sent par exemple avec les pommes, les carottes, le craquant des salades, le velouté de certains yaourts… Beaucoup de vignerons travaillent aujourd’hui en bio-dynamie, c’est certainement dû au fait qu’elle permet de redécouvrir le terroir, en plus d’aspects purement agronomiques ou de santé de la vigne. Certains très grands crus proviennent de l’agriculture bio-dynamique, même si ça n’est pas dit ni inscrit sur l’étiquette. Mais pour revenir à la question sur la qualité, nous considérons que l’aliment ne doit pas se contenter de nourrir le corps, il doit aussi permettre d’avoir une bonne santé et un bon équilibre physique et psychique. Les produits Demeter ont ce but.

 

On connaît la cristallisation sensible comme étant une technique qui met en valeur le potentiel vital d’un produit : les résultats obtenus avec la bio-dynamie sont-ils éloquents ?

 

Ils sont différents, c’est une certitude. Libre à chacun de les interpréter comme étant meilleurs ou pas. Il reste à établir un protocole d’évaluation précis, ce qui est en cours.

 

Quels sont les rendements en bio-dynamie ?

 

Ils sont au moins aussi bons qu’en bio “classique“, voir meilleurs grâce à l’utilisation des préparations bio-dynamiques. Concernant le travail, c’est plus prenant, car il y a la pratique d’utilisation de ces préparations.

 

La bio-dynamie est-elle très pratiquée ?

 

En France, il y a 140 paysans reconnus par Demeter et une vingtaine de transformateurs, ce qui est peu. En Allemagne, on en compte près de 2000, et certainement 5000 dans le monde. C’est en Australie qu’il y a le plus de surfaces cultivées, sur des parcelles plus grandes que dans le reste du monde. La reconversion à la bio-dynamie demandant un engagement plus important du producteur, la progression du nombre de pratiquants n’est pas rapide. Car la bio-dynamie oblige le producteur à se reposer les questions fondamentales de ce qu’est l’agriculture ou l’aliment.

 

Merci pour ces précieuses informations. Sat’Info considère également que les nourritures de l’esprit sont importantes… Dans cette optique, pourrais-tu nous citer un tableau, un livre et un disque qui t’aient particulièrement rassasié ?

 

– Le Retable d’Issenheim.
– Le Pape des escargots, d’Henri Vincenot.
– Plusieurs disques du groupe Supertramp, ou Jacques Brel…

Pour tous contacts :
Association Demeter France
5 place de la Gare
68000 Colmar
Tél. : 03 89 41 43 95
Fax : 03 89 41 49 51

http://www.bio-dynamie.org/

http://fr.wikipedia.org/wiki/Agriculture_biodynamique

http://fr.wikipedia.org/wiki/Rudolf_Steiner

Cet article est issu du magazine Sat’info, le magazine des magasins Satoriz.

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2 Comments

  1. Il est difficile de faire un commentaire lorsque l’on débute en bio-dynamie, mais c’est très stimulant.
    Par contre, je me demande si je peux faire des erreurs en utilisant mal les préparations, comme par exemple en mélangeant ensemble les préparations et les répendre sur le compost.

  2. Bon courage et bravo pour cette philosophie de vie et de culture que vous avez adoptée. J’éspère que notre mère nature vous la rendra bien en vous donnant de belles récoltes!

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  1. Littlecelt Humeur » Archive du blog » Réadapter vos rations alimentaires…pour consommer bio ! - [...] quotidienne, on peut arriver à ce que les produits issus de l’agriculture biologique (voire bio-dynamique) ne pèsent pas trop…

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